la pomme dans le symbolisme

Publié le par Léna h. Coms

La pomme, de par sa symbolique Biblique, est un sujet adoré des artistes symbolistes qui lui préfèrent parfois la grenade (objet d'un autre article (La grenade dans le symbolisme ).
La pomme, c'est le péché, le mal... en effet, cette assimilation est propagée par l'origine éthymologique latine de ces deux mots.
malum, i, neutre: les maux du corps, les mauvais traitement et la maladie, mais aussi au sens d'adjectif, "diable!".
Malum, i, neutre: la pomme (mais aussi le coing, le citron, l'orange, la pêche ou la fameuse grenade...) (confere le Gaffiot)
C'est donc un fruit relativement rond qu'est ce fruit défendu. C'est que, dans de nombreuses légende,s on situait les jardins de l'Eden dans les pays chauds où poussent à profusion oranges et citrons... Dans cette Europe chrétienne, les fruits sont précieux, chers et rares ! L'orange, le fruit d'or, la pomme d'or de Pâris peut-être? Parallèlement à cela, dans cette médittérannée latine et éloignée, les marins distillent des légendes aux femmes monstreuses et autres chimères pour éloigner toutes concurrences de lieux propices à la transaction.
Voilà donc dans quel contexte confus la pomme (ou le fruit rond et d'or) adoré des grecques et des romains devient l'apropriation de la Bible chrétienne.


On trouve de nombreuses représentations concernant Pâris offrant la pomme d'or à la plus belle des femmes :

Le-jugement-de-Paris-par-Peter-Paul-Rubens--1639-.jpg

 (plus de détail du tableau en cliquant par ici...)

On peut trouver de nombreuses représentations d'Eve et d'Adam, couple chrétien mythique concerné par la pomme, qu'Adam saisit et croqua à la demande d'Eve, tentée par le serpent. De Jérôme Bosh (Le Jardin des Délices) à Dürer:

Adam-et-Eve--detail-d-un-tableau-de-Bosch-.jpgAdam et Eve (de Dürer)

Évidemment, dans la période du symbolisme pur, les représentations d'Eve et d'Adam ne manquent pas à l'appel.


Adam-et-Eve-de-Klimt--inacheve-.jpg


Avec le surréalisme, la pomme prend son autonomie. Elle est objet de peinture. Ce n'est plus une pomme ni la pomme, c'est une représentation de pomme, émancipée de légende, presque abstraite, libre d'offrir toute sa symbolique sans autres ornements. Ou bien, si l'homme reste dans ses parages, sorte d'Adam du monde capitaliste contemporain, il se la prend en pleine face, caché, assommé...
La pomme sert avec ironie "les belles réalités", et par son décalage complet de sens - ou presque - permet cette intérrogation du spectateur.
Ceci-n-est-pas-une-pomme.jpgCeci est une pommeLa Chambre d'écoute, MagritteMagritte



L'art contemporain, qui passe beaucoup par la photographie transforme Eve en un objet sexuel, un objet d'intérrogation sur la société de consommation. Mais ne l'était-elle pas déjà ?
Cette Eve (Après la pomme) du Musée d'art de Marseille, de Marina Mars (2007) est dans la posture de la vérité (Nuda Veritas) de Klimt, mais son miroir rayonnant est devenu une écuelle. Cette Eve fait la manche dans un monde de tentations et de consommation (dénoncé par le distributeur automatique qui porte bien son nom). Voilà ce qui arrive à ceux qui quittent le paradis de l'enfance où tout est possible, permis avec facilité. Maintenant qu'Eve est adulte, il lui faut gagner de l'argent, travailler, si elle veut continuer à profiter de ce qu'elle possédait.
On le savait déjà, la religion chatolique est profondément culpabilisatrice, mais cette photo-collage renforce ce sens...

Après-la-pomme--2007--Marina-Mars--MAC-Marseille-jpg[1]



Klimt--nuda-veritas.jpg


En faisant mon enquête sur les représentations contemporaines d'Adam et d'Eve, j'ai remarqué le site suivant, où le tableau d'Eve et d'Adam m'a particulièrement ébloui:
http://mdluce.com/peintures-dessins.htm

 

 

 

adam-eve-mdluce.jpg


on peut y lire les propos suivant:

"Sur le tableau qui baigne tout entier dans une lumière orangée irradiant de la gauche, le premier couple humain est allongé de profil dans la posture qui est celles des époux sur les tombeaux étrusques. Ils regardent vers la gauche. Eve est appuyée contre Adam ; les deux sont nus ; un voile masque le bas du corps d’Eve que le bord du tableau coupe à hauteur des hanches. Dans le coin à droite, une pomme permet l’identification certaine des personnages du récit biblique.

L’image a un côté déroutant : comme le regard des personnages est dirigé vers la gauche, le spectateur attend une composition asymétrique qui dégage du champ devant Adam et Eve ; cette attente est d’autant plus forte que le fond, uni, s’éclaire progressivement de la droite vers la gauche, suivant en cela l’attraction générale du tableau vers la gauche. Or le couple, tel qu’il est représenté et cerné par les bords du tableau dessine une pyramide centrée, dont l’axe est tracé par les deux profils et souligné par la position du haut du bras d’Eve, parfaitement vertical au premier plan ; le bras appuyé d’Adam, dans la pénombre à droite et son genou replié derrière Eve à gauche, indiquent une parallèle différente mais qui ne rompt pas la pré-gnance de la pyramide.

Cette gêne que ressent le spectateur a un sens : de même que le récit biblique est construit sur l’opposition du bien et du mal, le tableau oppose son versant sombre, pour une fois placé à droite et la lumière qui brille et attire à gauche. Cette inversion de la symbolique traditionnelle contribue peut-être à l’étrangeté latente du tableau. Adam et Eve ont le regard tendu vers cette lumière qu’ils fixent, et qui paraît celle du couchant. Le moment suggéré est celui du soir, du moment méditatif après l’œuvre du jour et avant la nuit, celui où se fait l’examen de conscience du jour écoulé.

Le vide du fond, le mouvement très marqué de la droite vers la gauche, l’intensité du regard des deux personnages obligent le spectateur à chercher le sens de cette toile originale ailleurs que dans le simple plaisir de la belle image ou l’agrément d’un beau travail.

Je partirais volontiers de la sérénité générale qui irradie du tableau : la pomme mordue de la droite évoque le « péché originel » qui a obnubilé la pensée chrétienne trop longtemps… Ici elle appartient simplement au passé, elle fuit dans le coin délaissé que l’ombre engloutit peu à peu. Elle symbolise la parole de l’interdit qui a fait l’homme : on oublie trop vite que le plus important dans cette histoire est la parole « entre – dite », plus que la faute qui hante ou pour-suit. Le prologue de Saint Jean le redira plus tard avec force : In principio erat verbum… C’est la parole par quoi tout commence…

Le couple humain, hors du jardin primordial de l’enfance, confronté à la vie et au travail in-grat, vit aussi sa sexualité divisée : on est définitivement homme ou femme, ne pouvant être l’androgyne complet et parfait. Il s’agit de faire alliance des deux incomplétudes, pour ouvrir la voie de la vie, de l’avenir, de la lumière… Le tableau dit avec sérénité qu’Adam et Eve ont compris et qu’une sorte de foi sereine les oriente dans le bon sens.

La sensualité de ces deux nus est intéressante : le visage encore adolescent d’Adam, avec sa mèche coquine sur le front, la chevelure rousse opulente d’Eve, sa poitrine dénudée disent la conditions corporelle de l’homme avec calme et bonheur ; pas de tourmente du sexe, pas de naïveté non plus, une sérénité d’adultes : le corps d’Eve repose entre le jambes ouvertes d’Adam dans une attente apaisée de l’avenir…

J’aime surtout le geste de la main droite d’Adam posée à plat sur le ventre d’Eve. La main ouverte, contrairement au poing fermé, symbolise la reddition, l’impuissance, l’offrande ou la prière. Dans l’imposition rituelle des mains elle traduit la bénédiction. On pourrait imaginer qu’Adam, dans un geste prémonitoire de paternité, protège ici l’enfant à venir, l’humanité tout entière en gestation dans le sein d’Eve…

Je choisis pour ma part un autre sens où me pousse l’heureuse lumière de ce « premier soir du monde » dans laquelle baigne le tableau, un sens que m’ont appris les gestes de l’amour physique accompli dans la tendresse. La femme comprend les choses plus vite que l’homme ; Eve, silencieuse, est déjà dans la maternité de l’humanité, à la fois active et tranquille, « méditant toutes choses dans son cœur… » Adam, dont l’œil marque tout de même un certain étonnement, je le crois en train de comprendre… Tout père des hommes qu’il est en train de de-venir, il prend conscience que la puissance n’est pas de son côté : la vie est dans le sein d’Eve, il ne partagera jamais que par les mots ce mystère, il ne sera vraiment père que lorsque sa femme lui aura mis leur enfant entre les bras.

Adam me plaît ici parce qu’il n’a pas besoin de déployer la force physique, le cri ou la guerre pour s’affirmer : dans un geste d’offrande, sa main ouverte posée sur le ventre d’Eve, il s’en remet à Dieu, à la vie, à ce qui lui échappe et qu’il ne saurait maîtriser, pour que cette impuissance même soit sa force et sa richesse. Adam perçoit quelque chose du mystère de Dieu, toute-puissance d’amour, toute-impuissance de respect et d’attention.

J’aime que ce tableau de Didier Michault propose à notre méditation cette lecture apaisée des premiers chapitres de la Bible, cette leçon de vie formulée avec élégance, légèreté et profondeur, dans le chant des couleurs et des formes, comme une prière. (Bernard Busser)"





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